Juicero, la start-up qui fait payer 400 dollars pour boire du jus de fruits

Cette entreprise américaine, qui a levé 120 millions de dollars auprès d'Alphabet (Google) et d'autres investisseurs de renom, est au centre d'une polémique sur sa machine onéreuse et inutile.

C'est le genre de produits dont rafole la Silicon Valley. Juicero est une start-up investie d'une mission: faire boire davantage de jus de fruits et de légumes. Fondée en 2013, l'entreprise vend une machine capable de presser des sacs remplis de fruits ou de légumes découpés. Elle était d'abord vendue 700 dollars (650 euros), avant de voir son prix baisser 400 dollars (372 dollars). «Il s'agit du premier pressoir jus frais pour la cuisine, conçu par des ingénieurs pour une expérience optimale du jus de fruits la maison», peut-on lire sur le site de l'entreprise. La machine a attiré l'attention de plusieurs investisseurs, qui ont placé près de 120 millions de dollars dans Juicero. Problème: l'appareil est en fait complètement inutile. En début de semaine, des journalistes de Bloomberg se sont amusés faire le test. Il suffit de presser la main les sacs de fruits et légumes vendus par Juicero pour obtenir du jus.

Juicero décrivait pourtant sa machine comme un bijou de technologie. Elle «est capable d'appliquer entre trois et quatre tonnes de pression - assez pour soulever deux voitures Telsa - pour vider entièrement nos poches de kale, de pommes, d'épinards ou d'autres fruits et légumes frais jusque dans votre verre», se vantait le fondateur de l'entreprise, Doug Evans, l'année dernière. Il revendiquait alors 1200 jours de recherche et développement et une douzaine de prototypes ayant abouti la machine parfaite. Sur la plateforme Medium, Doug Evans expliquait avoir été inspiré par la mort de ses parents d'un cancer et d'une crise cardiaque pour adopter une hygiène de vie plus saine. Il a d'abord investi dans une chaîne de bar jus de fruits et légumes, avant de fonder Juicero. «Je voulais faire comme Steve Jobs avec les ordinateurs. Je voulais créer une machine jus de fruits personnelle», expliquait-il dans une interview accordée l'année dernière au site Recode.

En plus de cet appareil, Juicero commercialise aussi des poches de fruits et légumes découpés. Ces dernières sont livrées via un système d'abonnement. Chaque poche est vendue entre 5 et 8 dollars (environ 4 et 7 euros), pour une contenance d'un verre. Il faut être propriétaire d'une machine Juicero pour les acheter. Ce modèle économique, fondé sur la récurrence, est similaire celui d'autres machines produire des boissons (Nespresso, etc.): il permet de vendre un appareil puis de s'assurer que ses utilisateurs achètent des recharges elles aussi produites par la même société. Juicero surfe par ailleurs sur la mode du «bien manger» et s'est inspiré du design épuré présent dans beaucoup d'appareils technologiques, notamment les smartphones. La start-up vise les personnes fortunées, trop occupées pour cuisiner, mais soucieuses de leur équilibre alimentaire, ainsi que les restaurants.

Avec sa promesse de bonne santé, pour ses clients comme pour ses finances, Juicero a séduit les investisseurs. L'entreprise a levé des fonds auprès d'Alphabet, la maison mère de Google, ou de Kleiner Perkins Caufield & Byers, qui a déj investi dans des sociétés majeures telles Google, Twitter, Amazon ou Square. D'après Bloomberg, plusieurs de ces investisseurs ont découvert plus tard que les poches de Juicero pouvaient être pressées simplement la main. D'autres se sont dits toujours convaincus par le potentiel de l'entreprise, malgré la polémique.

Doug Evans a été remplacé en novembre par un nouveau PDG, Jeff Dunn. C'est ce dernier qui a entrepris de baisser le prix de la machine vendue par Juicero, de 700 400 dollars. Dans une longue note de blog publiée jeudi soir, il admet que les poches de fruits et de légumes peuvent être pressées la main, mais que son appareil est «essentiel pour une expérience régulière, sûre et de qualité». «Notre utilité ne réside pas seulement dans un verre de jus frais», écrit-il. «Il s'agit d'aider un parent se faire du bien pendant que ses enfants se préparent pour l'école, sans devoir éplucher les légumes, les découper puis nettoyer son mixeur (?) Presser nos poches la main est une expérience médiocre, potentiellement salissante, que vous ne voulez pas répéter tous les jours.» Néanmoins, Doug Evans a promis qu'il rembourserait n'importe quel client qui souhaiterait rendre sa machine.

le figaro


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