Le forum international de Dakar à l'aune des défis sécuritaires du Sahel

Le forum international de Dakar à l'aune des défis sécuritaires du Sahel

Senenews Il y'a 5 jours  Source

Impulsé par la France à la suite du Sommet de l'Elysée en 2013, le Forum sur la Paix et la sécurité en Afrique se tient régulièrement à Dakar depuis maintenant quatre ans. Axé sur l'aspect sécuritaire et sur les moyens de se prémunir du danger du terrorisme, ce forum a connu pour sa première édition une timide participation avec 350 membres. Cependant, vu la pertinence des questions soulevées et les initiatives adoptées, le Forum international de Dakar représente une tribune incontournable pour les défis sécuritaires du Sahel.

L'organisation du Forum international de Dakar s'inscrit dans un contexte de menace lié au jihadisme dans le Sahel. Cette menace sécuritaire relative à la porosité des frontières des Etats africains, à l'insuffisance logistique des armées, mais également à l'absence de coordination et de coopération militaire intra-africaine, ont fait du Sahel un sanctuaire propice au développement de groupes terroristes.

Dans ce cadre, conscient de la menace existentielle qui pèse sur les Etats sahéliens, le forum international sur la Paix et la Sécurité en Afrique a été initié en vue de trouver les solutions adaptées, permettant de lutter efficacement aux menaces sécuritaires qui pèsent sur le continent. Ainsi, lors de la première rencontre du forum, les discussions étaient axées sur les moyens de prévention afin d'éviter l'effet de contagion de la menace jihadiste qui sévissait alors au Mali et dans certains pays limitrophes.

Le choix de la prévention ne relevait pas du hasard; mais était adopté comme option du fait de la faiblesse de son coût et de sa soutenabilité au niveau financier, dans un continent qui a connu des décennies d'ajustement structurel et une couverture des besoins sociaux insuffisantes.

Parlant du choix de la prévention, l'envoyée spéciale de l'ONU pour le Sahel, l'Ethiopienne Hiroute Gebre Selassie déclarait: «La hausse des dépenses sécuritaires se fait au détriment des besoins sociaux. C'est pourtant la précarité des développements sociaux qui pousse les jeunes à rejoindre les groupes armés. La situation de la jeunesse s'est aggravée. C'est l'une des causes profondes de l'instabilité dans le Sahel»

Le premier forum avait également mis en exergue la nécessité pour les Etats du sahel de mettre en place une coopération multilatérale en matière de sécurité afin de faire face à l'avènement de ce nouveau type de conflit, sans l'intervention terrestres de puissances étrangères; comme cela fut énoncé au sommet de l'Elysée en décembre 2013, pour l'appropriation par les Africains eux-mêmes des questions de sécurité collective. Ainsi avait déclaré Jean-Yves Le Drian ministre français de la Défense: «la France se tient présente à un moment où les initiatives régionales ont besoin de se concrétiser».

La co-organisation de l'événement par le ministère français de la Défense entre dans la logique, énoncée. Mais les gouvernements africains rechignent, privilégiant l'approche bilatérale avec les Etats-Unis ou la France par exemple. La rivalité entre certains pays frontaliers (entre le Cameroun et le Nigeria pour Boko Haram, entre l'Algérie et le Maroc pour la crise malienne) rendent cette coopération compliquée. Ces deux contentieux ont d'ailleurs été très présents tout au long des discussions de Dakar.

II serait également important de préciser que l'UA était dès le début, très hostile à l'idée même de ce forum. Mais a fini par être convaincu après plusieurs mois de dialogue avec le cabinet de Le Drian.

L'ouverture du second forum le 09 Novembre 2015 a connu une plus grande participation; presque le double de la première édition avec près de 800 militaires, diplomates et experts qui s'étaient regroupés dans la capitale sénégalaise. Le nombre de participants avait doublé par rapport à l'année précédente; parmi lesquels figurent de nombreux anglophones, alors que la première édition retentissait par l'absence de ces derniers. Le 2e forum de Dakar avait soulevé le débat de l'échange d'informations entre les Etats concernés du Sahel. Comme l'avait si bien précisé Macky Sall en ouverture du panel : «Pour lutter efficacement contre les terroristes, il faut mettre en place des stratégies régionales, notamment en renforçant la collaboration entre nos services de renseignement». Le Président sénégalais en avait aussi profité pour appeler les Nations unies à donner plus de moyens à la Minusma, la mission de l'ONU au Mali. «Quand on va dans le nord du Mali, ce n'est pas pour maintenir la paix, c'est pour faire la guerre. Il faut donner aux Casques bleus les moyens de se battre».

Donc l'évolution notoire du second forum a été que les panelistes ne s'étaient plus limités à l'aspect préventif pour se prémunir de la menace du Sahel. Mais un durcissement de ton se faisait sentir et même le fait de se préparer à la confrontation était envisagé. Ce qui représente un grand progrès pour le forum qui se distingue ainsi des sommets de l'UA où les missions de maintient de la paix sont les plus usuelles.

« L'Afrique face à ses défis sécuritaires, regards croisés pour des solutions efficientes » était le thème de la 3e édition du forum organisée en Décembre 2016. Elle a permis comme l'avait annoncé le Ministre des Affaires étrangères Mankeur Ndiaye d'approfondir le dialogue stratégique entre les parties prenantes africaines et les partenaires internationaux, d'animer des réflexions pour une vision partagée des menaces sur le continent, en plus d'étudier les réponses les plus appropriées pour faire face aux défis du moment et d'anticiper sur les crises et tensions futures».

Sur ce, les approches mises en exergues portaient sur l'accroissement des dépenses militaires mais également sur l'espoir d'un soutient budgétaire plus conséquent de la France en faveur des Etats Africains. Selon le General Français Pierre de Villiers:«il faut, et la France s'est engagée, tenir nos engagements en matière budgétaire, tenir cette cohérence entre missions et moyens. Nous nous sommes engagés au niveau international à consacrer 2 % de notre PIB pour les dépenses de défense et je crois que c'est une bonne décision. Continuons à conjuguer nos volontés et nos actions en particulier sur le continent africain pour construire ensemble une paix d'avance».

Dans le cadre du renforcement des capacité budgétaire et militaire, il a été question d'une réorganisation des forces pour une réactivité prompte en essayant de coordonner les efforts au niveau national, sous régional, régional et international et une dotation en équipement sophistiqués et en matériels adéquats. Le tout sous-tendu par une préparation permanente à travers la formation et l'entrainement.

Par Ibrahima DIENG


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